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Une Femen a posé devant le collage.
Une Femen a posé devant le collage. — BERTRAND LANGLOIS
  • Les Femen est un mouvement pour l’égalité hommes-femmes et contre l’injustice sociale née en Ukraine en 2008.
  • Marqué par des actions coups de poing, ces femmes seins nus et fleurs dans les cheveux se sont imposées dans plusieurs pays dont la France.
  • Mais aujourd’hui, les membres fondatrices sont parties et l’aura médiatique s’est essoufflée.

On reconnaît de loin leurs fleurs, cheveux et seins au vent. Né il y a dix ans, le mouvement des Lien : Femen  a exporté ses actions spectaculaires et son combat féministe d’Ukraine en France et à l’étranger. Si aujourd’hui les Femen se font moins entendre, elles ont marqué l’histoire du féminisme. Retour sur dix ans de lutte, d’actions coup de poing et de rivalités.

Naissance en Urkaine en 2008

Au départ, elles étaient trois : Anna Houtsol, Oksana Chatchko et Sacha Chevtchenko. Et elles ont bousculé l’histoire de l’Ukraine et du féminisme.

« Le mouvement est né à la suite de l’arrivée de l’économie de marché en Europe de l’Est, résume Olivier Goujon, journaliste, photo-reporter et auteur de Femen, histoire d’une trahison*. L’Ukraine a vu débarquer des hordes de Turcs, Grecs, Russes plein de dollars. Et donc une augmentation exponentielle de l’industrie du sexe. Ce qui les motive, c’est l’injustice de la société qui s’incarne dans l’industrie du sexe. Ces filles-là ont 18 ans et une énorme motivation. Elles risquent d’être tabassées, en prison, de s’éloigner de leurs familles, de vivre dans des conditions de pauvreté extrême. »

Mais les Femen historiques avaient un combat plus large que l’égalité hommes-femmes. « C’était une révolte à la fois contre le machisme, mais plus généralement contre l’injustice sociale, souligne Galia Ackerman, essayiste et co-auteure du livre Femen**. Leurs actions à Kiev, c’était assez spectaculaire et tout à fait nouveau non seulement pour l’Ukraine, mais pour le mouvement féministe en Occident aussi. »

Un mouvement féministe radical

Les photos de femmes seins nus et fleurs aux cheveux ont fait le tour de la planète. Devant le parlement urkrainien en novembre 2009, à Notre-Dame de Paris en février 2013, à Hénin-Beaumont pendant la campagne présidentielle pour manifester contre Marine Le Pen… Et pourtant la marque de fabrique des Femen, le torse à l’air, n’était pas évidente à l’origine.

Silvio Berlusconi a été perturbé par une militante Femen.
Silvio Berlusconi a été perturbé par une militante Femen. - Flavio Lo Scalzo

« La généralisation des actions topless commence seulement en 2010, nuance Olivier Goujon. En 2010, Inna Schevchenko qui vient de rejoindre le mouvement est foncièrement opposée à cette idée. Parce que c’est un geste politique qui marque un engagement sans retour. » Pourquoi cette forme de féminisme radical dérange tant ? « Elles ont une double intuition : le surgissement et le topless deviennent une méthode d’action efficace. Opposer le corps de la femme à son prédateur. L’espace public est serein, elles déboulent avec une violence symbolique, elles troublent l’ordre établi par le surgissement, qui est plutôt une attitude masculine, celle des guerriers, des chasseurs surgissent. »

Comment expliquer le fin précoce du mouvement ?

Après une action particulièrement spectaculaire, Inna a scié une croix orthodoxe en bois en plein cœur de Kiev, cette dernière fuit en France. Où elle rejoint les Femen France, que Safia Lebdi, co-fondatrice de Ni Putes ni soumises, a lancé. « Si Oksana Chatchko et Sacha Chevtchenko sont de vraies révolutionnaires, Inna est une opportuniste, tacle Olivier Goujon. A la fin de l’été 2013, Sacha et Oksana sont à bout, elles quittent l’Ukraine et se réfugient en France. C’est à ce moment que commencent les hostilités. Sous les coups d’Inna, Sacha et Oksana vont être jetées du mouvement très violemment. » Des rivalités entre d’un côté Inna et les Femen françaises, de l’autre les Femen historiques dont témoigne également Galia Ackerman qui les a côtoyées.

Mais pour elle, le relatif échec des Femen s’explique également par un problème de fond. « Je crois qu’elles se sont trompées de combat. Quand elles sont arrivées en France, elles ont décidé qu’ici aussi ça n’allait pas. Or la situation est infiniment meilleure en termes d’égalité des sexes et de démocratie. Elles n’ont pas perçu par exemple que la France était laïque. Lien : Après leur action à Notre-Dame, beaucoup de personnes ont cessé de les soutenir. »

Des membres du groupe féministe Femen manifestent devant Notre-Dame, à Paris, le 12 février 2013
Des membres du groupe féministe Femen manifestent devant Notre-Dame, à Paris, le 12 février 2013 - Joël Saget AFP

Un mouvement mourant ?

Les Femen font-elles encore des actions ? Oui, contre le Front national, lors de certains procès. Mais petit à petit, elles ne font plus la une. « Le mouvement s’est essoufflé : lors des premières actions, toute la presse était présente, rappelle Galia Ackerman. Mais cette logique était perverse, car pour continuer à épater, il faut aller à chaque fois plus loin. Comme la répétition du coup de poing lasse, soit le mouvement doit évoluer, soit il va s’essouffler. » Pas au point de disparaître de la Toile… « Les réseaux sociaux ont la capacité de faire respirer les morts, ironise Olivier Goujon. Il suffit qu’une fille   aux Etats-Unis ou en Iran tweete "Je suis Femen" et on dit qu’il y a une branche Femen dans ce pays. Mais ce n’est qu’une existence médiatique… »

Et aujourd’hui, le message est moins lisible. « Après l’exclusion des membres fondatrices, le mouvement Femen, dirigé par Inna, va s’égarer à plusieurs niveaux, reprend le journaliste. En Ukraine, c’est une organisation horizontale : on partage tout, les coups et les sous. Les filles dorment et vivent Femen. En France, ça devient un mouvement vertical, avec le culte du chef. Femen France se concentre sur des actions à très forte plus value médiatique et oublie le travail de fond : en Ukraine elles informaient les femmes sur leurs droits, aidaient des prostituées. »

Quel héritage pour les Femen ?

Si le mouvement a perdu de sa vigueur, il est déjà entré dans l’Histoire. Dans l’art, la mode, le féminisme, l’inconscient collectif, les Femen se sont imposées. « Il a fortement marqué les esprits d’abord en Ukraine, mais dans le monde entier, assure Galia Ackerman. Elles ont fait des émules… Ce mouvement ne sera pas oublié de sitôt, même s’il n’existe plus. Elles ont été les premières à protester contre l’inégalité des sexes, contre l’extrême droite, les dictatures. Et à répéter que quand il n’y a pas de démocratie, c’est toujours les femmes qui en pâtissent le plus, un message qui garde toute son actualité. »

Est-ce que #metoo s’inscrit dans cet héritage ? C’est évident pour Olivier Goujon. « On voit les fruits de ce combat humaniste sur la durée. » Et paradoxalement, l’Ukraine, qui a pourchassé ces femmes, « bénéficie de la sympathie médiatique et de l’aura politique qu’a su développer Femen », ironise Olivier Goujon. L’héritage existe donc déjà, sur le fond, mais aussi sur les méthodes pour le journaliste. « Il y a une filiation entre Femen et #metoo dans la maîtrise des codes médiatiques et l’utilisation des réseaux sociaux. »

* Femen, Histoire d’une trahison, Max Milo, septembre 2017, 19,90 €

** Femen, Calmann-Lévy, avril 2013, 17,50 €

>> A lire aussi : Béthune: Montrer ses seins, action politique ou exhibition sexuelle ?

 

Source de l'article : https://www.20minutes.fr/societe/2256143-20180416-reste-femen-dix-ans-apres-naissance-mouvement-feministe-radical
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